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Gros
plan sur L'Association Tébéniketé (Bénin)
Visite effectuée en mai 2003
Les différentes
couleurs proviennent d'une plante qui est bouillie et dont ressort
une couleur rouge dans laquelle les tiges sont plongées.
La couleur noire exige beaucoup plus de travail : l'herbe est d'abord
mélangée à de la potasse et ensuite séchée.
Elle est alors bouillie avec des graines noires jusqu'à ce
qu'elle prenne une couleur violette. Puis elle est enterrée
dans la boue de la rivière, nettoyée et bouillie à
nouveau. On m'a cependant avoué que des teintes chimiques
étaient parfois utilisées afin de proposer un plus
grand choix de couleurs aux clients de Tébénikété.
Les couleurs
traditionnels ont leur signification, le rouge pour les rites d'initiation,
le naturel pour les mères de garçons ou de filles,
le mélange noir naturel pour les mères de garçons
et de filles, le noir pour les femmes sans enfants.
Bernadette,
bijoutière à Tédonté
Bernadette vit à 5, 6 heures de marche de Natitingou.
Elle a une quarantaine d'années; ses deux fils sont adultes.
Les femmes de son village, Tédonté, l'apprécient
beaucoup et lui ont confié le mandat de les représenter
au sein de Tèbeniketè; grâce à ses compétences,
les hommes lui demandent également conseil.
Depuis qu'elle fait partie de Tèbeniketè, sa situation
s'est améliorée. Elle a pu remplacer les cruches et
pots en terre par des bassines en émail et des casseroles
en aluminium bien moins lourdes. Et du coup, la corvée de
l'eau, la production du tchouc, la bière de sorgho, et la
préparation des repas ne lui pèsent plus autant. En
outre, elle dispose maintenant d'un peu d'argent comptant pour acheter
le pétrole pour la lampe ou des médicaments. Vivant
toute seule, sans mari, elle dépend de l'aide des membres
de sa grande famille ou de ses voisins pour toute une série
de travaux plus lourds (maçonnerie, réparation du
toit, labour des champs à l'aide de la daba
). L'argent
des ventes à Tèbeniketè lui permet de leur
offrir, en guise de remerciement, un repas bien fourni en viande
et en tchouc
Bernadette insiste cependant sur le fait qu'elle n'a pas vraiment
le choix; dans sa région, il n'y a pas d'autres possibilités
de gagner de l'argent. A vrai dire, elle pratique l'artisanat surtout
par nécessité financière, car elle n'aime pas
rester assise, et attrape vite des courbatures. Elle préfère
s'occuper de ses champs où elle cultive du maïs, de
l'igname, du petit mil, du sorgho, des arachides et même du
riz. A l'occasion des grandes fêtes et cérémonies,
elle aime préparer le tchouc, un travail qui nécessite
beaucoup de savoir-faire mais aussi de la patience, car il faut
d'abord piler le sorgho, chercher de grandes quantités d'eau,
surveiller la fermentation et transvaser le liquide dans les jarres.
Toutefois,
elle est bien consciente que Tèbeniketè ne lui procure
pas seulement des avantages financiers. Elle a appris toute seule,
comme les autres femmes, à développer de nouveaux
modèles et dessins, et elle connaît aujourd'hui leur
prix. Elle s'est aussi rendue compte de la richesse de sa culture
et de l'urgence de la sauvegarder et de la revaloriser, après
que les autorités coloniales ainsi que les missionnaires
protestants et catholiques ont tant fait pour la détruire.
Autour des
poignets, des bras et des chevilles, elle porte des bracelets comme
ceux qu'elle vend; traditionnellement, ces bracelets constituent
plutôt la parure des jeunes hommes, surtout à l'époque
de rites d'initiation. Elle n'a plus l'habitude de nouer de longues
cordelettes autour du front, des épaules et des hanches comme
les anciennes continuent à le faire; elle aimerait bien porter
des colliers comme elle en fait pour Tèbeniketè, mais
les accessoires, surtout les fermetures en métal, coûtent
trop cher, et elle n'a pas encore appris à en faire avec
les moyens du bord ...
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