Contexte : Le mois de mai ne semble pas être la meilleure saison pour se rendre dans l’extrême nord du Bénin, en tout cas pas pour le voyageur sensible aux températures extrêmes. Pourtant cette saison chaude a l’avantage d’être sèche, ce qui éloigne pour un temps les insectes mais surtout facilite grandement les déplacements. Les routes, telles que nous les concevons, sont rares et même inexistantes.
Historique : Tout d’abord un petit retour en arrière pour vous présenter les Bétamaribé, car c’est ainsi que se nomment les habitants de cette région à cheval sur le Bénin et le Togo dans une région de savane dominée par les massifs montagneux de l’Atacora. Venus de l’ouest ou du nord ouest, ils ont toujours été réfractaires aux systèmes politiques centralisés et à l’asservissement tant des royaumes africains de cette partie du continent qu’à l’administration coloniale. Cette population est attachée à l’équité et elle se caractérise par une forte cohésion sociale. L’esprit communautaire y reste primordial et c’est ainsi que tout le paysage est façonné de manière à respecter les croyances, les volontés d’indépendance, d’équilibre et d’unité de la communauté. Le village est toujours construit suivant les règles du modèle initial du village mythique de Linaba fondé par Kuiye, le dieu créateur. Mais les habitations y sont dispersées, chaque tata étant au-delà d’une portée de flèche du suivant, l’ensemble étant toujours proche d’un point d’eau mais souvent sur des flancs de colline afin de libérer un maximum de terre cultivable. Organisation : C’est donc en suivant de minuscules sentiers, plus adaptés au marcheur qu’à notre véhicule fatigué que nous arrivons finalement au village de notre ami Victor, responsable de l’association. Peu d’activités en cette saison où les travaux agricoles n’ont pas encore débutés, néanmoins quelques femmes, tout en discutant sur le pas de leur porte, tressent une herbe séchée aux beaux reflets or. Nous allons enfin comprendre le secret du tressage des bracelets Somba. Il y a 15 ans, cet artisanat était en voie de disparition. Tout comme des espèces animales ou végétales disparaissent chaque jour sur notre fragile planète, des techniques artisanales sont parfois également victimes de ce qu’on pourrait appeler une certaine évolution. La coopérative Tébénikété, créée en ce temps, a su in extremis redonner vigueur à cette tradition en voie d’oubli. Grâce à quelques réseaux de commerce équitable européens, la coopérative a su lentement développer ses ventes et aujourd’hui quelques 600 femmes sont devenues de véritables moteurs de développement pour leur région. Si 2/3 du prix de vente des bijoux est versé directement aux membres, le reste est investi dans une caisse commune qui servira au financement de ressources communautaires : entretien de routes, réparation de ponts, alphabétisation, formation artisanale et scolaire, achat de moulins à mais villageois…. Pour en revenir au tressage des bracelets, celui ci s’effectue à partir d’une herbe appelée « patempaké », dont je ne réussirai pas à trouver la traduction française. Celle-ci est récoltée après la saison des pluies, elle peut atteindre une hauteur de plus d’un mètre, mais seul le coeur des tiges sur quelques centimètres en dessous de la fleur est utilisable pour fabriquer des bijoux. On les trie ensuite selon leur grosseur, puis on tresse les tiges par 8, un travail délicat et difficile car aucune tige ne doit se casser. C’est un travail long et minutieux, entièrement fait à la main. Les différentes couleurs proviennent d’une plante qui est bouillie et dont ressort une couleur rouge dans laquelle les tiges sont plongées. La couleur noire exige beaucoup plus de travail : l’herbe est d’abord mélangée à de la potasse et ensuite séchée. Elle est alors bouillie avec des graines noires jusqu’à ce qu’elle prenne une couleur violette. Puis elle est enterrée dans la boue de la rivière, nettoyée et bouillie à nouveau. On m’a cependant avoué que des teintes chimiques étaient parfois utilisées afin de proposer un plus grand choix de couleurs aux clients de Tébénikété. Les couleurs traditionnelles ont leur signification, le rouge pour les rites d’initiation, le naturel pour les mères de garçons ou de filles, le mélange noir naturel pour les mères de garçons et de filles, le noir pour les femmes sans enfant.